Bonnes résolutions du nouvel an

Là où tout a commencé

Dimanche 10 janvier 2021 – 10H21

Ça a commencé par une crise, une bonne grosse crise sanitaire.

Mais avant d’en arriver là il faut que je remonte au tout début. C’était un lundi comme tous les autres. J’entends par là un lundi matin, où t’as envi de te flinguer plutôt que d’aller au boulot. Un lundi matin où la boule que tu as dans le ventre est tellement énorme que tu pourrais l’arracher à deux mains. Un lundi matin où ton p’tit dèj ne passe pas. Un lundi matin où ta semaine n’a même pas encore commencée que tu as déjà fatigué ton cerveau à planifier ta journée. Un lundi matin où tu n’as pas envi de voir la tronche de tes collègues. Un lundi matin où tu te dis « vivement le week-end ». Bref, un lundi matin quoi.

Comme tous les cinq jours de la semaine, je prends le train pour aller à la gare de Nice et me rendre à mon travail. Sur le trajet, mon téléphone accomplit fidèlement sa tâche favorite de m’éloigner de ma réalité. Comme à mon habitude, je lis l’actu -tu parles d’un divertissement- quand je tombe sur cet article qui parle d’un virus à Wuhan. Wuhan ? Jamais entendu parler. Dans mon ignorance la plus totale et assumée, je me dis que de toute façon ça n’arrivera jamais ici et je passe à l’article relatant le dernier tweet de Trump, au moins ça aura le mérite de me faire rire.

La suite, tout le monde la connait.

Inutile de décrire toutes les phases de psychose par lesquelles nous sommes tous passés. Sans parler des différentes terminologies linguistiques à travers lesquelles on s’est perdu. Confinement, déconfinement puis reconfinement puis redéconfinement, autant de mots utilisés pour éviter d’utiliser ceux moins vendeurs de l’enfermement voire de l’internement.

La première vague médiatique fait peur, à tel point que je ne sors pas pendant trois mois, pas même pour promener le chien ou faire les courses. Toute façon je bosse comme une tarée de 06h30 à 21h00. Puis, arrive le déconfinement. Pas vraiment un soulagement, j’ai peur. J’ai peur que ma fille aille à la crèche et choppe ce virus. J’ai peur de recroiser mes collègues de boulot et puis moi, je me suis habituée à rester chez moi, en pyjama sans maquillage, pas coiffée, à parler à mon boss tout en étant aux chiottes, en ayant comme collègue de travail ma fille et mon mari, le rêve inimaginable. Puis ton instinct reprend le dessus. Moi qui ait très peu d’amis, je saisis enfin ce que l’autre voulait dire quand il disait que l’Homme est un animal social. C’est la fameuse phase de resocialisation extrême, celle où tu te dis « Putain j’ai envi de me faire un concert de rock et de me mêler à la foule. J’emmerde ce virus qu’il vienne me chercher! » alors tu sors en été, dans les bars, t’as pas ton masque tu t’en fou ce soir tu t’éclates un point c’est tout, mais au fond la fête est finie avant même d’avoir commencée. Tu regardes les gens et tu vois qu’ils font semblant de s’amuser, la magie n’est pas au rendez-vous, quelque chose s’est cassé. Tu te dis que plus rien ne sera comme avant. Pire, tu te mets à regretter tes lundis matin dans le train…

Alors c’est en me retrouvant isolée avec ma réalité, celle que je refusais d’affronter grâce mon smartphone – il s’appelle pas smart pour rien, le con – que j’ai décidé de prendre de bonnes résolutions.

Résolution n° 1 : ARRETER DE FUMER

(Celle(s) de ce matin ne compte(ent) pas!)

Résolution n° 2 : PERDE LES 3kg GAGNER DURANT LE CONFINEMENT.

Travailler, manger, boire, fumer et dormir tout ça dans un lit de 160, ça aide pas.

Résolution n° 3 : CHANGER DE METIER

C’est une nécessité absolue. Je gagne pas mal ma vie, mais le problème est que je n’aime pas ce que je fais. Je travaille dans les ressources humaines, déjà que ce n’est pas facile en temps normal mais en pleine crise sanitaire c’est juste délirant. Parfois, je me dis que l’Etat fait exprès de sortir un paquet de texte de lois, qui se contredisent d’un mois sur l’autre, uniquement pour tester nos capacités de résilience. Ils doivent se dire que si ça passe, tout passe. Je vois bien le type devant son texte de loi se dire « Alors, Martine qu’est-ce qu’on leur pond aujourd’hui ? J’ai une idée, ouh je sens que je tiens un truc là. On passe à l’étape supérieure, Martine ! On va dire tout le contraire de ce qu’on a dit il y un mois. Du génie j’tai dit ! Tu me fais un petit effet rétroactif sur 6 mois, tu m’ajoutes une vingtaine de conditions irréalisables et on met un petit calcul de charges indéchiffrable au milieu et le tour est joué. Comme ça, les types, ils ont l’impression qu’on a bossé notre sujet tu vois, le petit calcul savant ça fait toujours pro, tu vois. Toute façon personne ne remettra en cause ce texte de peur de passer pour un con, puisqu’il est fondamentalement incompréhensible. C’est bon ça, non ? Martine ? Tu me suis ou pas ? »

Alors oui, j’entends déjà Belzebuth qui a élu domicile sur mon épaule droite me dire « Vas-y change de métier en pleine crise sanitaire alors que ton mari vient de perdre son job. Bonne idée, comme ça toi, ton mari et ta gosse de 3 ans vous iraient crever sous les ponts la bouche ouverte et sucer les galets de la Promenade des Anglais. Ne pense même pas à faire le tapin ma grande, avec la crise économique qui arrive t’auras aucune chance face à la concurrence ».

Malgré tout ça, je ne peux m’empêcher de me dire que je n’ai qu’une seule vie – sans blague ? –. Je ne vais pas passer le restant de mes jours à me tuer pour survivre. (Si tu es déjà en train de te dire « Ouah, c’est tellement vrai ce qu’elle dit ! » saches que je n’ai aucun mérite pour la tournure de cette phrase. C’est juste une traduction médiocre du chef d’œuvre des Black Sabbath – Killing yourself to live )

Résolution n° 4 : TENIR UN BLOG POUR SE FAIRE UN PAQUET DE THUNES (OU PAS…)

J’avouerai qu’à regarder des videos Youtube de jeunots d’une vingtaine d’année m’expliquer à travers un écran comment j’allais gagner 10 000 euros par mois en tenant un simple blog, sans même bouger le petit doigt, m’a totalement convaincu. Je me suis lancée. J’ai donc réfléchi à une « niche » comme ils appellent ça et je me suis dit qu’étant jeune maman d’une enfant je pouvais parler de maternité, d’éducation, de psychologie de l’enfant et de celle du parent et glisser de trois publicités et autres affiliations pour renflouer les caisses familiales.

Je me suis achetée un super ordinateur, je me suis posée devant, j’ai bossé la mise en page du blog, créer un logo, choisi les couleurs – c’est fou ce qu’on peut faire de nos jours sans connaitre un gramme de code ou de language html – et l’heure est arrivé au moment de rédiger mon premier article gnangnan sur la parentalité. Un jeu d’enfant me disais-je sauf que là, trou noir. Black out complet. Impossible de rédiger quoi que ce soit ni même de trouver un sujet un peu intéressant. Pourtant avec les jours que Chucky – ma fille- me fait passer le sujet est croyez-moi, intarissable. Mais alors pourquoi je n’y arrive pas ?

Je suis donc aller voir de l’autre côté de l’Atlantique ce qui se faisait. Pas la peine de me faire un pamphlet sur la sincérité des contenus web. A une époque où l’authenticité c’est d’avoir des cheveux verts et des tatouages, qui me reprochera de faire un bon vieux copier-coller.

En parcourant le web, je tombe sur l’horreur. Elle s’appelle Scarlett, il s’appelle Ryan, ils sont jeunes, beaux et ont cinq enfants totalement identiques. Ils habitent à Nashville dans une super baraque. Ils sont tous les deux blonds aux yeux bleus -of course- et surtout ils ont une super dentition. Trente-deux dents tellement blanches et bien alignées qu’elles feraient concurrence à une ligne droite sur autoroute. Ces dents opalescentes sont juste le fruit d’une hygiène de vie ultra calibrée dans laquelle Sex rime avec enfanter, Drugs avec antidépresseurs et Rock’n’roll simplement avec Elvis, forcément ils habitent à Nashville. Je suis donc confrontée à un ramassis de conneries sur le savoir être parental. Scarlett et Ryan ont l’air d’être pris en sandwich, noyée par des salades sur le couple parfait qu’ils se sont fait bouffés à eux mêmes.

Ma décision est prise. Au diable les mamans brushinguées qui cocotte le savon artisanal éco responsable, qui sont vég quelque chose parce que manger de la viande c’est mal et font avaler à leurs gamins leur green living à base de cookies au son d’avoine et autres doctrines gluten free piquées ici et là, à quelques influen-chieuses à la mode.

Je vais écrire sur ce que je vis en tant que mère, femme, observatrice du monde sur différents sujets en toute franchise et sincérité. Je souhaite surtout qu’ici soit un lieu de partage, le tout sans langue de bois.