La Saint-Valentin est-elle annulée?

Samedi 13 février 2021 17 h 02

8 cigarettes fumées

Toujours le même job de merde. Mais je passe ma vie à écouter les vidéos du collectif Switch. Très instructif…

Alors que j’ai littéralement horreur de faire les courses au supermarché le week-end, il y a une semaine de cela, j’ai dû m’y rendre par la force des choses, car, en tant que bonne mère qui se respecte, il fallait que je cuisine des plats vitaminés pour ma fille qui était malade.

Je déambulais dans le « petit » rayon bio à la recherche de clémentines, de pamplemousses, de kiwis et tout ce qui peut contenir de la vitamine C quand mon regard se pose sur l’énorme allée consacrée aux fleurs et aux plantes. Tiens, c’est surprenant, un rayon entier consacré aux fleurs alors qu’il ne reste plus de kiwis. Puis la couleur rose criarde du papier cadeau, les roses rouges empalées sur des cœurs en bois et les belles phrases dégoulinantes de bon sentiment me rappellent à l’ordre. Dans une semaine, c’est la Saint-Valentin !

Alors c’est vrai que je n’attache pas une énorme importance à cette fête. Je considère que je n’ai pas à fêter mon amour pour Chéri spécialement, le 14 février. Il y a des jours où je lui crie mon amour. Il y a des jours où je lui murmure que je le déteste. Quoiqu’il en soit, pas besoin de marquer un jour particulier dans le calendrier pour prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Lui et moi, on sait.

À ce propos, savez-vous que cette fête qui célèbre l’amour tiendrait ses origines d’une exécution ? Des dizaines de chrétiens nommés Valentine ont été martyrisés et ont atteint la sainteté dans l’église primitive, mais deux Saint-Valentin du IIIe siècle, particulièrement vénérés au début du Moyen Âge, ont apparemment été exécutés le 14 février. Puis, l’association entre la Saint-Valentin et l’amour est venue à la fin du 14e siècle avec le poète anglais Geoffrey Chaucer, qui a lié l’accouplement printanier des oiseaux à la Saint-Valentin.

Même les origines historiques de cette fête prouvent que cette fête est une antinomie en soi, mais voilà, on est en pleine pandémie mondiale, les restaurants, les bars et tout ce qui me permettait d’avoir un semblant de vie sociale est au point mort depuis un an, et à l’heure actuelle, même le cliché de la réservation spéciale au resto pour la Saint-Valentin me manque cruellement.

J’ai donc décidé, afin de rompre notre vie monotone ès covid, de fêter la Saint-Valentin. À moi le dîner aux chandelles élaboré de cinq plats différents, à moi les pétales de roses dispersées dans la chambre, à moi la lingerie ultra sexy pour une nuit de rêve. Le soir de la Saint-Valentin, c’est décidé, je chamboule tout, je casse les codes, je veux de l’AU-THEN-TI-CI-TE !

Ouais… sauf que…

Organiser une soirée de la Saint-Valentin en pleine pandémie s’est révélé être un vrai casse-tête, ou plutôt un parcours du combattant. Je dirais même un chemin de croix !

Pour le dîner aux chandelles aux cinq plats différents, aux différentes saveurs du monde, aux dix épices – et mon cul sur la table – j’ai très vite abandonné l’idée du dîner aux chandelles. Faut pas déconner, je bosse comme une tarée toute la semaine dans un boulot que personne ne m’envie, j’ai un boulot de maman à temps plein, une maison et des finances dont je dois m’occuper et en plus, je dois passer toute ma journée du samedi à cuisiner ? Non, désolé, mais je ne me voyais pas suer toute la journée dans des vapeurs de plats mijotés et à devoir me laver trois fois parce que mes cheveux sentent l’oignon.

Je décide donc de commander un petit plat, je passe mille heures sur Uber Eat, Just Eat et compagnie, et je finis par commander notre repas de Saint-Valentin, ô combien romantique, ô combien original, j’ai nommé (roulement de tambour)…. le burger. Au moins, ça aura le mérite de nous faire voyager gustativement en Amérique. Si Paul Bocuse vendait sur ces plateformes, crois-moi, je serais restée en France !

Pour la lingerie, il y a une semaine j’ai écumé tous les sites en ligne de lingerie. Pas trop le choix au regard de la fermeture des centres commerciaux. Difficile de voir si t’es boudinée dedans à travers un écran. Finalement, je me décide sur un ensemble bleu marine en dentelle. Le mannequin est canon dedans donc ça ne devrait pas trop mal m’aller, allez je prends la taille 36, non la taille 38, et flûte la taille 36, je clique, je paye et hop, c’est commandé. Si tout va bien je le reçois le 12 février. Nickel je suis dans les temps.

Ouais… sauf que…

Aujourd’hui, nous sommes le samedi 13 février et je gutte désespérément par la fenêtre l’arrivée du facteur tel un chien attendant son maître depuis 8 heures du matin. Il va falloir que je me rende à l’évidence, il est 17h08 et il y a de fortes chances que je ne vois pas passer l’utilitaire kangoo jaune avec mon colis.

La danse de la sirène en petite tenue, c’est loupé pour ce soir.

Bon, je trouverais bien un subterfuge, mais il me manque les pétales de roses et les bougies pour la déco.

Je suis de retour au supermarché, le rayon fleur est toujours en place à croire que personne n’a pensé à offrir des fleurs durant cette Saint-Valentin – je me disais bien aussi que c’était une idée de merde – et je me prends un petit bouquet de roses que je dépiauterai une fois arrivée chez moi et que j’éparpillerai sur le lit.

Le lendemain, soit le 14 février, j’étais déçue que toute mon organisation soit tombée à l’eau. Je me disais que pour le soir même, finalement à part un plat commandé et des pétales de rose éparpillées çà et là et quelques bougies, il n’y avait pas grand chose. Je me rends à l’évidence, moi qui voulais de l’AU-THEN-TI-CI-TE, j’avais complètement merdé.

Comme chaque matin, Chéri sort promener le chien. En revenant, il avait du pain, des croissants et de magnifiques roses à la main. On s’est embrassé puis je me suis rendue à l’évidence.

Peu importe que cette fête soit ridicule, pour moi, elle était essentielle pour sortir de la monotonie qui nous impose cette pandémie. Crois-moi, servir des burgers dans de belles assiettes et ses frites bien grasses luisantes à la lumière des chandelles, a fait son petit effet. La petite déco composée de pétales de roses bon marché et qui nous collait aux pieds, aux jambes, entre les fesses a eu le mérite de nous faire mourir de rire et nous avons finalement passé une très bonne soirée. Je me dis que même si depuis la pandémie nous passons énormément de temps ensemble, enfermé à la maison, rien n’a failli de l’amour que nous avons l’un envers l’autre. Cette Saint-Valentin dont j’ai détesté le principe jusqu’à maintenant aura eu le mérite cette année de me faire prendre conscience que malgré tout il est important d’exprimer sa gratitude et de distiller un peu de fantaisie permet de voir les meilleurs côtés des choses.

Envoyez à vos copines, à maman, à toute personne que vous aimez des fleurs, du chocolat, un string ou n’importe quoi. Peu importe à quel point nous pensons que la Saint-Valentin est intellectuellement stupide, cela n’offense jamais personne de savoir que quelqu’un pense à nous, surtout pendant une pandémie fortement marquée par la solitude.